La professionnalisation des métiers de la traduction

Rosemary Kneipp partage son expérience et nous invite à la réflexion sur la professionnalisation de nos métiers.

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Propos liminaire : Avant de commencer, je voudrais préciser qu’à mon avis, un diplôme ne fait forcément un bon traducteur et qu’on peut être un bon traducteur sans être diplômé.

 

Lorsque j’ai parlé à mes professeurs d’université en Australie de mon souhait de devenir traductrice, ils m’ont découragée. Ce n’est qu’après deux ans passés en France, en 1977, que j’ai appris l’existence de l’ESIT. À l’époque, il n’y avait que deux cursus de traduction en France : l’ESIT et l’ISIT. Une fois diplômée, j’ai vite compris que très peu de donneurs d’ordre pensaient que la traduction était un métier en soi.

J’ai souvent entendu des propos du type : « Ah oui, j’ai ma petite belle-sœur qui est britannique. Elle pourra traduire ce contrat sans problème. Ce n’est pas bien compliqué. » ou bien « Vous savez, vous n’avez pas besoin de passer trop de temps sur la traduction. On veut juste savoir de quoi il s’agit. » J’avais même un client qui me demandait de « taper ce papier en anglais ».

Pour essayer de remédier à ce manque de connaissance, différentes instances, comme la SFT et l’association des anciens étudiants de l’ESIT, se sont penchées sur la question de savoir comment améliorer l’image professionnelle des traducteurs auprès des entreprises en rédigeant des chartes, entre autres, mais le résultat n’a pas été probant. Autant l’interprète jouissait d’une image prestigieuse grâce aux rencontres internationales, autant le vrai métier du traducteur restait toujours méconnu.

Avec l’arrivée du fameux trio européen « LMD » (licence, maîtrise, doctorat), les masters de traduction ont commencé à foisonner en France. J’étais sceptique au début, mais je me suis rendu compte récemment que l’existence même de ces diplômes est sans doute le meilleur moyen de professionnaliser notre métier.

Les associations de traducteurs comme la nôtre peuvent contribuer également à mieux faire connaître notre statut de spécialistes.

Je pense que nous avons intérêt à toujours mentionner nos diplômes de traducteur ainsi que notre appartenance à Aprotrad sur nos cartes de visite et dans nos signatures de courriel.

Qu’en pensez-vous ?

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5 novembre 2016 : venez nombreux à Orléans !

Vous souhaitez découvrir de nouveaux outils ? Apprendre à mieux gérer votre entreprise ? Discuter avec les membres d’Aprotrad ? Venez nombreux à la journée de partage d’expériences que nous vous proposons :

Samedi 5 novembre 2016,
de 9 h 30 à 12 h et de 14 h à 17 h (accueil dès 9 h),
dans les locaux de la Maison des Associations,
46 ter, rue Sainte-Catherine à Orléans
(15 minutes à pied de la gare d’Orléans)

Vous pourrez y assister à des présentations et des tables rondes pour partager conseils et bonnes pratiques sur plusieurs thématiques, telles que : la gestion d’entreprise (devis et factures, impayés…), les méthodes de travail (recherche documentaire…), la sauvegarde des données…

La participation pour les non-membres est de 15 € (déjeuner inclus).

Vous souhaitez venir ? Laissez un commentaire ci-dessous pour que nous vous contactions.

Au plaisir de vous rencontrer !

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Charte des bonnes pratiques de traduction

Comment se construit une charte des bonnes pratiques…

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Cela commence par une assemblée générale, au mois de janvier, où le principe est validé.

Puis se constitue une équipe motivée et débordant d’idées – Aurélie, Catherine, Claire, Noëlle et Sandrine, pour ne pas les citer – qui se réunit plusieurs fois par Skype pour des séances de remue-méninges, pioche son inspiration à droite et à gauche, et élabore un projet de texte définitif qu’elle soumet ensuite au conseil d’administration pour approbation.

C’est alors qu’entre en jeu la graphiste, Capucine de Vitamine C, que nous tenons à remercier vivement au passage pour son écoute et la qualité de son travail J Capucine nous livre trois propositions de mise en forme graphique. La commission Charte en sélectionne une qu’elle affine au fil de plusieurs versions intermédiaires.

Et le résultat : le voici !

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Barbecue annuel d’Aprotrad

Le 12 juin dernier, l’association organisait son barbecue annuel à Vernou-sur-Brenne.

Malgré les timides rayons du soleil, le sourire de notre hôtesse, la convivialité ambiante et les barbecues prêts à faire griller les brochettes et chipos tant appréciées à la belle saison nous ont rapidement réchauffés.

BBQ2016_BBQLe buffet alléchant dressé dehors nous a permis de profiter d’une vue imprenable sur les rives de la Loire. Comme toujours, les membres d’APROTRAD avaient apporté une multitude de denrées et de plats délicieux que nous avons dégustés au fil des discussions. Grillades, salades, quiches, cakes et fromages ont ravi les papilles du joyeux groBBQ2016_Trogloupe attablé dans la cour jusqu’à ce qu’une averse nous oblige à battre en retraite !

À l’abri dans la maison troglodyte, nous avons vite pris nos aises au milieu de fraises, de meringues, de tartes et de gâteaux.

 

La curiosité de la journée ? Des tamarins. Non, je ne parle pas de singes, mais de fruits ! Un fruit très particulier à manger, à la chair aussi sucrée qu’une datte. Je pense que toutes les personnes présentes se souviendront de cette expérience insolite !

Le barbecue annuel de l’APROTRAD donne l’occasion aux membres et à leur famille de se réunir et d’échanger en tous points. Cette année, nous avons parlé du parcours professionnel des uns ou encore des langues et des spécialités des autres. Les thèmes de l’organisation quotidienne et de la communication envers les clients se sont mêlés à des discussions sur les prix, les horaires de travail et les exigences élevées de la traduction, pour en citer quelques-uns.

Deux traductrices qui ont récemment adhéré à l’association étaient présentes. Elles ont ainsi pu mettre un visage sur les personnes qu’elles n’avaient pour le moment rencontrées que virtuellement et recueillir de précieuses informations sur la pratique de notre métier.

Un grand merci à Isabelle de son accueil.

RDV l’année prochaine à tous les membres ; de la première heure, de la « dernière heure » ou en devenir !

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Traduction, plates-formes et richesse : mise au point

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À l’occasion de la fête du Travail, Rue89 republie un article paru il y a quelques mois et qui avait provoqué quelques remous dans la traductosphère : Cloé, traductrice en ligne : « Je suis passée de très pauvre à plutôt riche ».

Pour résumer, Cloé est une jeune femme de 25 ans, traductrice auto-entrepreneur sur une plate-forme qui met des freelances en relation avec des clients, contre une cotisation pour l’abonnement premium et une commission (8,75 %) sur le coût des missions. Cloé adore son métier et apprécie la flexibilité de pouvoir travailler chez elle et s’occuper de son petit garçon.

Chez Aprotrad, les traducteurs professionnels que nous sommes ont été heurtés par un certain nombre de détails révélés dans l’article :

  • Traduction de « plutôt riche » : environ 1 000 € net par mois
  • Cloé ne cotise pas encore pour la retraite
  • « Au début, je m’étais renseignée sur les tarifs auprès d’autres traducteurs. Ils disaient que 12 cents de dollars le mot, c’était le tarif international. Moi je me suis mise à 3 cents par mot, ce qui était déjà pas mal. »
  • « Quand je pose des candidatures aujourd’hui, je cible les boulots où les clients ne sont pas intéressés par un prix bas mais la qualité. »
  • « Je suis joignable à peu près tout le temps. Quand je me couche vers 3 heures du matin, comme les clients sont dans le monde entier, il arrive que certains me contactent en pleine nuit. Je réponds même si je ne devrais pas… »
  • « Cet été, je vais prendre des vacances, au moins deux semaines, même si je vais sûrement travailler car je suis un peu accro. Et puis c’est aussi à peu près notre seule source de revenus… »
  • « Par exemple, la semaine dernière, j’ai traduit la description d’une agence qui fait des publicités dans des magazines de voitures de courses. J’ai travaillé du français à l’anglais. Pour traduire ‘magazine circuits automobile’, j’ai écrit ‘race motors magazine’. »

Passée la première émotion déclenchée par ce naïf aveu d’un dumping intensif, nous avons souhaité décrypter un peu la pratique de cette traductrice qui est certainement représentative d’une partie des jeunes professionnels.

Nous sommes évidemment sensibles à la débrouillardise d’une jeune maman sans travail qui fait des pieds et des mains pour ne pas se contenter du RSA, mais exercer un métier qui la passionne et en tirer de quoi faire vivre sa famille.

Malheureusement, nous pensons, expériences à l’appui, qu’elle s’y prend mal, voire très mal.

Loin de vouloir tirer à boulets rouges sur cette traductrice, nous avons à cœur de rappeler quelques fondamentaux dans l’espoir de voir se raréfier des pratiques qui ne sont jamais profitables à long terme à l’ensemble de la profession.

Point éthique

ON TRADUIT UNIQUEMENT VERS SA LANGUE MATERNELLE

Ce n’est pas pour rien qu’Aprotrad a inclus cette disposition dans sa charte de bonnes pratiques (à paraître prochainement). Lorsqu’on traduit vers une langue que l’on maîtrise moins bien que sa langue maternelle, on peut se faire comprendre, mais pas fournir un résultat aussi précis que s’il avait été rédigé par un locuteur natif. Or faire payer à un client un travail de qualité sous-optimale, ce n’est pas éthique. L’exemple donné dans cet article le montre bien : nos confrères anglophones confirment que « race motors magazine » ne serait pas compris en anglais. Donc à moins que les instructions du client soient « On se moque de la qualité, tout ce qui nous intéresse, c’est que ce soit pas cher et que les lecteurs comprennent à peu près ce qu’on a voulu dire », bannissez pour toujours les traductions vers une langue que vous maîtrisez moins bien.

ON NE PRATIQUE PAS DES TARIFS RIDICULES POUR ÊTRE SÛR D’EMPORTER UN MARCHÉ

Tiens, là encore, c’est un article de notre charte… Il y a à cela deux raisons majeures :

  1. Ce n’est pas rentable : 2 000 mots à 0,03 €, ça fait un gain brut de 60 € pour une journée de travail. Impossible de vivre en France avec ce qui reste de cette somme après avoir payé ses charges sociales, son loyer, son abonnement Internet, sa cotisation à la plate-forme pour le cas qui nous occupe, etc. De plus, il y aura toujours des moins-disants dans les pays où le coût du travail est très bas. Il faut accepter l’évidence qu’un traducteur freelance vivant en France ne peut pas concurrencer le monde sur les prix. Et chercher d’autres stratégies de positionnement, comme une spécialisation pointue par exemple.
  2. Cela fait du tort aux autres professionnels dont les tarifs honnêtes et raisonnables peuvent par comparaison être considérés comme exorbitants par les donneurs d’ordre.

Bonnes nouvelles

  1. La traduction est un métier dont on peut vivre plus que décemment, en payant des impôts et en prenant des vacances. Beaucoup y arrivent très bien. À titre d’exemple, pour 2014, le centre de gestion ARA PL de la région Centre publie un chiffre d’affaires moyen de 47 900 € (de 20 200 € à 87 100 €).

Pour aller plus loin dans le détail des tarifs pratiqués, n’hésitez pas à lire l’enquête de la SFT sur les pratiques professionnelles de la traduction en 2015.

  1. Il y a un marché en dehors des plates-formes ! Dans l’article, Cloé déclare : « Si Elance disparaît, je ne sais pas ce que je ferai… », comme si Elance était son seul client. Outre qu’avoir un unique client est très risqué, Cloé fait erreur. La plate-forme n’est qu’un intermédiaire qui la met en relation avec des clients. Un travail de prospection sérieux lui permettrait de proposer ses services à d’autres intermédiaires comme les agences de traduction et à des clients directs.

Le traducteur russe Dmitry Kornyukhov a publié il y a quelque temps un très intéressant retour d’expérience sur une autre plate-forme bien connue et les raisons qui l’ont conduit à l’abandonner : Is Proz Dead Or Alive ?

 

Pour conclure, rappelons que même si l’on n’aspire pas à une vie sociale trépidante, faire partie d’une association de traducteurs professionnels permet d’échanger des expériences et des conseils très utiles, quelle que soit la phase de développement de son activité.

En outre, la traduction est un métier auquel il convient de se former, et il ne suffit pas d’avoir voyagé ou séjourné à l’étranger pour être capable de bien traduire. Pour en savoir plus sur les formations qui existent, consultez notre liste.

Droits d’auteur illustration : kakigori / 123RF Banque d’images

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Trente ans de la vie d’une traductrice

Après avoir obtenu un bac A5 (en 1976, c’était un bac littéraire avec 3 langues vivantes), j’ai passé quelques mois en Angleterre comme fille au pair tout en suivant des cours d’anglais pour ne pas faire que du ménage et de la garde d’enfants ; j’ai obtenu le Certificate of Cambridge, d’une valeur très… symbolique. L’année suivante, n’étant toujours pas décidée à reprendre des études et voulant améliorer mon espagnol, j’ai fait la même chose en partant en Espagne, à Alicante. Je n’ai pas étudié là-bas, au contraire, c’est moi qui ai donné des cours de français, mais j’ai bien progressé. De retour en France, la soif d’indépendance m’a poussée à « monter » à Paris où j’ai trouvé un travail au titre ronflant de « standardiste télexiste assistante trilingue » dans une société d’assistance. Je travaillais en trois/huit et j’étais très mal payé (en 1978, le discours des employeurs était « si ça ne vous plaît pas, il y en a cinquante qui attendent dans la rue »). J’y suis restée quelques mois puis j’ai enchaîné les postes de standardiste en intérim jusqu’au jour où le besoin de quitter Paris a été le plus fort. Après plusieurs mois de chômage en province, je me suis enfin décidée à reprendre des études, celles-là même que mes copines de lycée terminaient, et je me suis inscrite en LEA à l’université de Tours. Après ma licence, j’ai suivi des cours par correspondance de secrétariat de direction, ce qui faisait un bon complément à mon CV grâce à la dactylo, la compta, la gestion, etc. Au printemps 1985, j’ai eu la chance de faire un remplacement de quelques mois dans une agence de traduction tourangelle. J’ai eu la confirmation que la traduction était vraiment ce que je voulais. J’ai eu le bonheur d’être formée par des professionnels extrêmement compétents et à la fin de mon contrat, après un superbe voyage de quatre semaines au Mexique, j’ai décidé de me mettre à mon compte.

1er février 1986

Me voici donc officiellement traductrice indépendante, dûment inscrite à l’URSSAF et il ne me reste plus qu’à m’acheter une machine à écrire et à trouver des clients.

Dans cette agence tourangelle, il y avait déjà un ordinateur, mais pour quatre traducteurs. Nous écrivions nos traductions puis les saisissions ensuite à l’ordinateur, ou bien nous tapions des télex, peu à peu remplacés par des télécopieurs (avec les bobines qu’on trouvait entièrement déroulées le matin et qu’il fallait ensuite découper…). Il n’était pas question pour moi, ni d’ailleurs pour aucun autre indépendant que j’ai pu connaître à l’époque, d’acheter un ordinateur. C’était un investissement pour une entreprise, c’était compliqué et hors de prix pour un particulier.

Ma première machine à écrire était mécanique. J’avais donc tout intérêt à bien préparer mes brouillons et à ne pas rêvasser en tapant. Ensuite, j’ai pu m’acheter une machine à écrire électronique, une petite merveille qui autorisait les corrections sur… la ligne en cours ! Un « retour chariot » et il fallait tout recommencer.

Toute la prospection se faisait par courrier postal, après recherche d’adresses dans les annuaires du bureau de poste de mon village. Il en allait de même pour les missions. Un coup de téléphone : « Pouvez-vous prendre 18 pages dans tel domaine pour la semaine prochaine ? » Si la réponse était positive, j’entendais « Bon, je vous mets ça au courrier ce soir, vous le renverrez par Chronopost, c’est urgent ! ». Puis un beau jour, j’ai pu m’acheter un télécopieur et là, le temps s’est considérablement raccourci.

Quelques temps plus tard, les ordinateurs individuels ont fait leur apparition. Mon tout premier, je le revois encore, était un Amstrad PCW9512, que je suis allée chercher à 100 km de chez moi parce que l’offre incluait une suite logicielle et une imprimante à marguerite ! L’ordinateur n’étant pas pourvu de disque dur, il fallait tout sauvegarder sur des disquettes et l’enregistrement de certains fichiers un peu longs me laissait amplement le temps d’aller dans la cuisine me faire un café. Quant à l’imprimante, elle fonctionnait en « feuille à feuille », donc sans chargeur, et je devais rester debout devant et mettre les feuilles les unes après les autres…

Juin1990

Photo vintage de juin 1990, avec le fameux Amstrad. J’ai changé de pièce, de matériel et, heureusement, de coiffure depuis.

Les télécopieurs dominaient le marché, mais les modems commençaient à arriver. Mon tout premier était un rebut de l’armée. C’était une machine orange de la taille d’une tour d’ordinateur actuel, qu’on ne branchait que quand on en avait besoin. Je ne l’ai pas gardé très longtemps, il a très vite été remplacé par un flambant neuf beaucoup plus petit, que je louais. Avec les modems, il fallait prévenir le client par téléphone qu’on allait lui envoyer la traduction, est-ce qu’il voulait bien se connecter ? On se mettait d’accord sur « 8 bits de données, parité paire, 1 bit de stop », toujours très étrange pour les non-initiés, et on attendait avec angoisse les bizarreries sonores très caractéristiques de la liaison qui s’établit, en donnant l’impression qu’on se connectait avec la planète Mars. Pour avoir une idée : https://www.youtube.com/watch?v=hWNr9FBJhqQ Si ça marchait, c’était un soupir de soulagement des deux côtés de la ligne et certaines fois, on aurait presque ouvert une bouteille de champagne. Si ça ne marchait pas, il fallait recommencer, éteindre et rallumer, revérifier les paramètres, les numéros, sans oublier de croiser les doigts parce que ces choses-là étaient vraiment très capricieuses.

Tout évoluait très vite, j’ai eu d’autres ordinateurs, et même une imprimante laser ! Et puis un jour, j’ai eu une connexion Internet et une adresse électronique ! Je me sentais à la pointe du progrès ! Rien à voir avec ce qu’on connaît aujourd’hui : ça coûtait cher, il fallait regarder sa montre, que ce soit pour envoyer un email ou pour faire une recherche sur Internet (et je parle de l’Internet de la fin des années 1990, avec des recherches via Altavista ou d’autres moteurs disparus depuis, et sans toutes les ressources dont nous disposons maintenant). J’ai même eu une adresse « à chiffres » chez Compuserve !

Toutes ces années, le courrier papier restait très important, car toutes ces connexions étaient assez onéreuses. Si j’acceptais une traduction de 30 pages, on m’en envoyait une petite partie par télécopie pour que je puisse commencer et le reste arrivait dans ma boîte aux lettres le lendemain ou le surlendemain.

Je faisais la plupart de mes recherches dans des dictionnaires papier, j’en ai acheté une belle flopée au cours des années, et ça prenait une place monstrueuse sur les étagères et sur le bureau, mais ça musclait les petits bras.

Mon remplacement dans cette agence de traduction m’avait donné quelques pistes de prospection. Grâce au bouche-à-oreille, qui fonctionnait déjà très bien, j’ai pu en trouver d’autres et petit à petit, mon carnet de clients s’est bien étoffé. Ça n’a pas empêché les périodes creuses, et il y en a eu, parfois assez courtes et bienvenues, d’autres fois bien trop longues. J’ai des clients fidèles depuis des années, alors que d’autres n’ont fait que passer. Certaines agences existent toujours, beaucoup ont disparu. Le marché a aussi beaucoup évolué et si je devais retenir deux périodes creuses, ce serait quelques mois après la guerre du Golfe (1990/91), aussi curieux que cela puisse paraître, puis quelques années après, avec l’arrivée sur le marché de la traduction des pays de l’Est (Bulgarie, Roumanie, surtout) qui ont cassé les prix, même sur les traductions vers le français.

Certaines de mes factures n’ont jamais été honorées, et pour certains mauvais payeurs dont je me suis vite débarrassée, il a fallu en passer par l’injonction de payer, l’huissier, etc. J’ai dû faire appel une fois à un avocat car le non-paiement de mes honoraires était lié à une contestation de la qualité de mon travail. J’ai gagné le procès et perdu sans aucun regret un client malhonnête.

Je dois reconnaître que dans leur majorité, mes clients sont agréables. Ils font de leur mieux pour me faciliter la tâche en me fournissant de la documentation, voire en faisant des recherches pour moi quand les délais sont serrés, en prolongeant lesdits délais si nécessaire, en me faisant parvenir, lorsqu’il s’agit d’agences, les messages reconnaissants de leurs propres clients après un travail urgent ou particulièrement difficile. Les désagréables, car il y en a, ne méritent pas que nous perdions notre temps et ils comprennent très vite que « nous ne vieillirons pas ensemble ». Il ne s’agit pas seulement de fournir un service payant, il faut un véritable esprit de collaboration, et pour les clients directs, une bonne pédagogie, en ayant toujours à l’esprit que si la traduction rendue est satisfaisante, tout le monde est gagnant. Il est parfaitement compréhensible qu’une entreprise française qui importe un produit pour la première fois ne sache pas exactement ce dont nous avons besoin pour faire du bon travail. À nous de l’expliquer, par exemple lorsqu’il s’agit de la traduction de slogans, souvent davantage du ressort d’une agence de communication. C’est toute la richesse de ce métier, qui permet à chacun d’apprendre tous les jours.

J’ai toujours exercé chez moi, dans une pièce dédiée, avec tout mon matériel, mes dictionnaires. Les délais à respecter ont été quasiment les seules contraintes de temps. Hormis ces impératifs, je travaillais quand je voulais et c’est précieux de pouvoir faire ses courses un autre jour que le samedi, de prendre des rendez-vous en milieu de journée, de travailler moins le mercredi pour faire le taxi. Il faut parfois aussi accepter, au moins en début de carrière, de travailler le soir ou le week-end. Je ne le fais plus que très exceptionnellement. Être son propre patron est une vraie liberté. Les contraintes qui vont avec, notamment administratives, ne sont rien en regard de cette liberté.

J’ai pu aborder des domaines très divers et certains moments sont inoubliables. J’ai traduit, au crayon de papier, directement sur des plans immenses, étalés par terre dans mon bureau. Un de mes clients directs n’a jamais voulu comprendre qu’un traducteur ne traduit jamais dans une autre langue que sa langue maternelle. Il persistait à m’envoyer des documents à traduire en espagnol ou en anglais et pour ne pas le laisser tomber, je me débrouillais pour trouver des collègues disponibles. Pour l’anecdote, on m’a aussi demandé de traduire la page d’accueil d’un site de « bondage », ce dont certains de mes collègues masculins ne se sont jamais remis, ainsi que des lettres d’amour et une savoureuse lettre d’insultes. Plus sérieusement, je suis passée des « poliovirus sauvages » aux métaux ferreux, des normes techniques aux cosmétiques, des tondeuses à gazon aux chiens de traineau, des sites de compagnies aériennes à des contrats de distribution de vêtements. J’ai appris beaucoup de choses, pour ma culture générale, mais aussi professionnelle, dans les domaines de l’économie, de l’art, de la technique, du droit, des religions.

Je ne me suis jamais spécialisée. Je sais que c’est très souvent conseillé aux débutants et j’approuve entièrement. Mais je n’ai jamais trouvé un domaine dans lequel j’aurais voulu travailler pratiquement en permanence. Tout m’intéressait et je ne voulais pas me fermer à certains domaines. Je fais tous les jours le même travail, mais tous les jours un travail différent. Parallèlement, j’ai appris à dire non à certaines propositions (chimie et finance ne sont pas mes amies). Bien sûr, avec une bonne spécialisation, j’aurais pu gagner plus d’argent. Peut-être.

Sur le plan technique, l’évolution s’est poursuivie avec l’essor d’Internet, l’arrivée de Google, et pour nous, traducteurs, celle des mémoires de traduction avec la grande question : fallait-il acheter Transit ou Trados ? En 1999, il y a eu aussi cette fameuse panique du passage à l’an 2000. On lisait partout que les ordinateurs n’y survivraient pas, il a fallu acheter des « patchs » et puis… rien. Tout a fonctionné parfaitement.

Pendant ces trente années, il a aussi fallu suivre les évolutions techniques, ce qui n’a pas été le plus facile pour moi. Quand j’ai un environnement stable et plaisant, je m’y accroche jusqu’au dernier moment, et ce n’est pas toujours une bonne chose. J’ai opté, sur demande d’un client très régulier, pour Trados. Et là encore, il ne faut pas manquer les mises à jour, les patchs, les « SP2 », etc. Il faut régulièrement s’approprier de nouveaux outils, s’informer, faire des essais. En définitive, on ne s’ennuie jamais.

Depuis 1994, je fais partie de l’APROTRAD. Je ne l’ai jamais regretté et j’ai fait ma part de travail associatif en étant membre puis secrétaire du conseil d’administration. Si j’avais un seul conseil à donner à des débutants dans le métier, c’est d’adhérer à une association professionnelle. C’est à mon avis l’idéal pour rencontrer des collègues, débutants ou chevronnés, spécialisés ou généralistes, qui vont pouvoir guider un débutant dans les arcanes de l’administration, la recherche de donneurs d’ordre, les stratégies à adopter, notamment en matière de tarif, le partage de ressources, les satisfactions et les déceptions, les questions terminologiques, etc. Sans oublier les rencontres physiques diverses, notamment les formations très utiles, qui aident à mieux se connaître et à tisser des liens. Je n’aurais certainement pas eu la même vision de ce métier ni la même pratique sans mes collègues.

1er février 2016

Je traduis toujours, presque exclusivement d’anglais en français. L’espagnol s’est égaré en route, faute de demandes… J’ai élargi mon offre de services à la correction sous le nom de Sans coquille. J’y suis venue grâce à l’APROTRAD et à ses formations sur l’orthotypographie et la maîtrise de la langue française. Alors, parallèlement aux traductions sur les casques de sécurité, les punaises de lit et les projets humanitaires, je relis et corrige des romans ou des essais, et c’est formidable !

Je n’ai pas de blog, aussi je remercie l’APROTRAD de m’offrir cet espace pour célébrer cet anniversaire.

 

Traduction : http://www.degenne.fr

Correction : http://www.sanscoquille.fr

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Carrefour des métiers Tours

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Comme tous les ans depuis 2008, j’ai participé au Carrefour des métiers organisé par le lycée Grandmont de Tours à l’intention de ses élèves de première. Nathalie Gallard était également présente pour présenter le métier d’interprète.

La traduction n’est certes pas la profession qui attire le plus les jeunes, mais entre vingt et trente jeunes, filles et garçons, sont venus m’interroger par groupes de trois ou quatre au cours des deux heures que dure l’événement. Des jeunes de spécialités différentes s’intéressaient à la question et plus seulement les littéraires comme cela était le cas la première année.

Notre métier est très peu connu, et surtout très mal connu. Cependant, cette année, il était moins réduit à la traduction littéraire ou d’édition que précédemment.

Étrangement, la question de la rémunération n’a été posée que deux ou trois fois, les lycéens s’intéressant plus aux formations – et aux débouchés alternatifs de ces dernières. La présence d’une interprète m’a beaucoup facilité la tâche, certains jeunes étant plus intéressés par le volet oral des métiers linguistiques – ou par la LSF – que par l’écrit.

J’espère que la matinée aura été enrichissante pour eux comme elle l’a été pour moi, et c’est toujours un plaisir pour moi que de retourner dans mon ancien lycée et ouvrir les horizons de mes successeurs. Je remercie de tout cœur Nathalie de s’être déplacée pour présenter une facette des métiers de la traduction qui m’est presque complètement inconnue.

Aurélie Houdelette

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